Skip to content

Deux aiment Trois Et Trois aime Deux

UNE FORMULE ETHIQUE
POUR L’ANALYSE DE REVES

Notre école enseigne la psychanalyse symbolique de Jung, mais elle ne cesse d’être encore enseignée elle-même par le Soi, et l’expérience que je veux relater dans ce chapitre  nous montre qu’il continue à nous former pour le plus grand bénéfice de nos élèves. Il est très essentiel pour nous de reconnaître que malgré notre titre de formateurs de nos élèves, et tout comme eux, nous sommes avant tout ses élèves. Il poursuit en nous une œuvre d’initiation de longue haleine à travers les rêves et les synchronicités qu’il met sur notre route. Il est le véritable formateur, la source vivante.

La singularité de la voie des rêves

Lors d’une séance de supervision, une de nos élèves nous présente ce rêve d’une de ses clientes âgée de 60 ans, forte personnalité et psychothérapeute chevronnée. Il s’agissait du rêve inaugural d’une première séance d’analyse. La personne en question qui avait déjà à son actif l’expérience de nombreuses thérapies désirait explorer maintenant la voie de l’analyse jungienne des rêves qu’elle ne connaissait pas et dont elle venait d’entendre parler. Inutile de souligner que l’analyste, qui la recevait pour sa première séance et qui venait de terminer sa formation, ressentait quelques appréhensions face à cette personne auréolée d’une grande compétence. Serait-elle à la hauteur ? Le rêve qu’elles allaient travailler ensemble allait profondément l’aider :

J’arrive à la première séance avec mon analyste de rêves. Ce n’est pas elle qui me reçoit mais une amie à elle qui m’introduit dans un groupe d’une quinzaine de personnes. Je m’inquiète : est-ce que cette analyste que je ne connais pas respecte le cadre d’une thérapie personnelle ? Enfin, elle arrive et écrit sur un tableau la formule : « deux aiment trois ». J’apprécie cette formule, elle me parait profonde et me calme. Je demande l’heure à analyste mais les aiguilles de sa montre ne cessent de tourner. Elle ne peut me donner l’heure.

Bien sûr, le moi est hélas toujours emporté par sa peur, et il risque de ne retenir d’une situation que les détails qui l’inquiètent sans prendre le temps d’apprécier le message qui découle de l’ensemble. Ainsi, le doute qui monte dans le rêve sur les compétences de l’analyste, aggravé par le symbole de son impossibilité à dire l’heure, commence par plonger celle-ci dans une profonde inquiétude. Est-elle à la hauteur ? Encore parasitée par sa formation de psychothérapeute classique (qui est à son actif avant d’avoir reçu l’initiation et l’enseignement de la psychanalyse jungienne), elle est animée par la crainte que peuvent connaître les thérapeutes classiques de subir d’entrée de jeu un « transfert négatif » difficile de sa cliente sur elle.

La séance de supervision de son travail qui s’en est suivie lui a heureusement permis une réorientation profonde de sa pratique qui l’ouvre à une confiance nouvelle et à un élargissement de conscience fondé sur la singularité de l’analyse jungienne des rêves.

Il semblerait en effet que, par son rêve, la rêveuse soit en quelque sorte préparée par le Soi, avant même sa première séance d’analyse, à accueillir cette singularité qu’elle ne connait pas encore. Et dans le même mouvement, ce rêve constitue également l’enseignement du Soi pour son analyste sous une forme symbolique. Comprenons ainsi que le rêve qui sera travaillé en séance est une information des profondeurs délivrée tout autant pour la rêveuse et pour son analyste.

La rêveuse a en effet besoin de comprendre qu’elle entre dans un processus de thérapie dont elle ne connait en rien encore la logique et qui ne correspond en rien aux expériences et formations qu’elle a rencontrées jusqu’ici liées à la psychothérapie classique. Dans celles-ci en effet, c’était le moi conscient du thérapeute qui était au centre du processus, ses compétences, son savoir, ses techniques, les initiatives qu’il prend pour relancer sans cesse le processus de conscience de son client. Rien de tel dans l’analyse jungienne des rêves. Nous voyons bien dans ce rêve que c’est « l’amie » de l’analyste qui accueille la rêveuse à la séance. Cette amie inconnue est le symbole du Soi. C’est le Soi qui ouvre le processus par la production inconsciente des rêves que ne contrôlent ni le rêveur ni l’analyste. C’est lui qui mène la danse en donnant le rythme et tous les éléments du sens qui libère et guérit. On voit d’ailleurs dans le rêve que ce n’est pas l’analyste qui peut donner l’heure, c’est-à-dire le sens.

La rêveuse est également d’entrée de jeu avertie par son rêve que son analyse, qu’elle ne contrôle pas et qui vient des profondeurs, l’introduira dans une confrontation avec un « groupe » qui symbolise l’inconscient collectif, toute sa préformation préverbale, culturelle et transgénérationnelle, avec laquelle elle n’a pas jusque-là l’habitude de travailler, étant restée très centrée sur un vis-à-vis exclusif avec les problèmes œdipiens la reliant à ses parents.

Mais nous pouvons facilement comprendre que ce rêve semble s’adresser également directement à l’analyste. Celle-ci a en effet besoin de comprendre qu’elle n’est pas seule à porter la responsabilité du processus analytique et qu’elle est épaulée par une amie qui crée le mouvement, ouvre la porte, conduit l’évolution de la rêveuse. Comprendre que dans les rêves de ses clients, il y a un processus « ami » de l’analyste qui crée le chemin. Plutôt que de craindre de n’être pas « à la hauteur » personnellement, l’analyste peut s’abandonner avec confiance au processus. Effectivement, ce n’est pas à elle, dans ce processus, à donner l’heure. Il est essentiel que l’analyste place le Soi et non pas sa personne au centre directeur de l’analyse.

Et précisément tout se dénoue dans le rêve lorsqu’elle écrit la formule mystérieuse « deux aiment trois». Cette formule est manifestement essentielle puisqu’elle apaise immédiatement les doutes de la rêveuse. Il semblerait que nous avons ici la délivrance de la « formule secrète » de l’analyse jungienne des rêves. Mais avant de l’étudier, je désire aller plus loin dans le thème que j’ai posé au commencement de ce chapitre, à savoir que le Soi nous gratifie d’une œuvre d’enseignement à large horizon qui traverse le temps, les personnes et les situations.

Je désire en effet vous entretenir d’une expérience de synchronicité étonnante que j’ai vécue autour de ce thème.

Le Soi parachève son enseignement

Quelques six mois après la séance de supervision où a été posé le rêve que nous venons d’approcher, je reçois pour une première séance d’analyse de rêves une femme de 60 ans (même âge que la première rêveuse). Celle-ci est philosophe de formation et d’une grande profondeur. Elle n’a rien à voir (à part l’âge) avec la première rêveuse, elle ne la connait pas, n’habite pas la même ville qu’elle, n’exerce pas la même profession et développe des expériences de vie complètement différentes d’elle. Mais elle reçoit ce rêve à la veille de notre première séance et où j’apparais, bien qu’elle ne me connaisse pas encore :

L’analyste m’explique le fonctionnement de l’analyse des rêves en écrivant ces termes sur un tableau : « deux aiment trois et trois aime deux. »

Bien sûr, je me suis immédiatement ressouvenu de la formule du premier rêve. Et j’ai alors vraiment compris que le Soi poursuivait un enseignement à travers les personnes rencontrées et la maturation qui nait de l’expérience de ces rencontres. Ces personnes n’ont aucun lien entre elles mais le Soi les traverse toutes et me traverse en même temps en poursuivant et en parachevant à travers nous la dispensation de son œuvre de transformation. Ainsi nous fait-il la grâce, par ses rêves, de nous enseigner la relation consciente subtile qu’il désire que nous ouvrions avec lui dans le domaine de la psychanalyse.

Par le premier rêve, il nous a enseigné la base, la première formule, qui ouvre ce travail, « deux aiment trois ». Mais voilà que par le second rêve (et bien que celui-ci n’ait aucun lien avec le premier), il vient mettre un sceau à son enseignement en parachevant sa formule dans un renversement dialectique. Nous comprenons par-là que les moi discontinus des personnes sont traversés, « travaillés », par le Soi en tant que véritable sujet de la psyché humaine, l’unique qui transcende tous les moi individuels.

Une fois posé cela qui nous émerveille, il est temps cependant maintenant d’étudier profondément la formule complète qu’il nous délivre pour exprimer de manière radicale la singularité de la voie des rêves.

Le Soi est le seul vrai guide

Les « deux » sont bien évidemment la rêveuse et l’analyste, et le rêve semble enseigner que leur relation duelle, de personne à personne, n’est nullement à elle-même son propre but. La relation spécifiquement thérapeutique dans l’analyse des rêves n’est pas cette relation duelle, mais la relation que les deux ouvriront, au cours de leur travail, avec un « trois », un troisième, qui n’est autre que le Soi, leur Autre commun, et qui se communique sous la forme du matériau objectif du rêve. Dans l’analyse de rêves. « Deux », le rêveur et l’analyste, se réunissent autour d’un Troisième, le rêve du rêveur.

Comprenons en effet que dans le cadre de l’analyse des rêves, le ressort de la thérapie ne se situe pas dans la relation duelle entre le praticien et son client : relation faite comme toute relation humaine de projections de transfert et de contre-transfert, d’échange de sentiments, de suggestions, et d’idées personnelles.

Contrairement à d’autres voies de thérapies, ici le processus thérapeutique ne se nourrit pas de cette relation duelle et du travail sur elle. Pour Jung, le transfert qui est la base du travail thérapeutique de sa psychanalyse n’est pas celui existant au niveau des personnes, bien réel cependant, mais celui existant au niveau archétypal. Constatons notamment qu’il n’est pas dit que les deux « s’aiment » (ou se haïssent) entre eux, mais qu’ils aiment trois ! Il est essentiel que l’analyste intègre et proclame que sa personne réelle n’est pas le sauveur de son client. Son amour pour lui, sa compétence ou son ingéniosité personnelle ne sont pas en elles-mêmes ce qui le guérirait, car toute guérison de celui-ci vient exclusivement de la rencontre avec le Soi (le trois) au travers de ses rêves. En ce sens, il est fondamental dans l’éthique de la psychologie des profondeurs que l’analyste s’abstienne de favoriser par sa conduite cette relation duelle, en prenant garde de ne pas la faire venir en premier plan, au détriment de la relation au trois, au Soi qui elle seule est thérapeutique. Ceci implique bien évidemment qu’il s’abstienne de toute relation sexuelle ou de séduction avec ses clients ; qu’il ne favorise en rien leurs projections transférentielles, en leur imposant des directives à partir de son bon sens personnel et de sa logique mentale, au lieu de les aider à rechercher dans leurs propres rêves la direction interne de leur vie. S’il agissait ainsi, il s’arrogerait indûment  la place du Soi pour son client, et il pourrait en résulter les pires dommages pour eux deux. Dans tous les cas, il viderait la voie des rêves de tout intérêt.

L’analyste est formé pour aider le rêveur à très vite prendre conscience qu’il n’est pas le guide ou le directeur de conscience que peut-être celui-ci désirerait trouver, et qui l’inféoderait à sa personne.

Si d’aventure, il apparaît dans le rêve de son client comme son maître spirituel, comme cela peut se produire parfois, il est essentiel qu’il renvoie toujours le rêveur au Soi, parce que celui-ci est le seul et vrai guide. Dans ce cas, le praticien symbolise la pratique de l’analyse et le rêve veut donc signifier au rêveur que dans sa pratique, le Soi est déjà agissant en tant que maître intérieur. Par contre, lorsque l’analyste apparaît de manière négative dans un rêve de son client, il est au contraire sain qu’il commence par contempler dans ce rêve si, à la faveur de celui-ci, le Soi ne remettrait pas en question sa pratique, ou même la relation de travail avec son client. Il est, dans son éthique professionnelle de ne jamais prolonger indûment la relation et il est formé pour repérer dans les rêves de son client et les siens propres les symboles qui indiqueraient si, du point de vue du Soi, cette relation n’a plus lieu d’être.

Comprenez que ces principes déontologiques de la voie des rêves ne constituent pas en soi des références morales abstraites, mais ont au contraire une finalité très concrète : permettre que « deux aiment trois », que toute l’énergie psychique des deux personnes en travail soit focalisée sur le désir d’aimer le troisième, le Soi, d’accueillir avec amour son initiation au travers de l’écoute (ensemble) des matériaux symboliques des rêves. Dans cette réunion des deux pour le trois, au cours du moment privilégié de la séance d’analyse, ils peuvent dès lors suspendre naturellement toutes les manifestations unilatérales de leurs moi. Le symbole lui seul décide du thème travaillé par les deux et non leurs moi. L’analyste a notamment pour vocation de respecter l’altérité du symbole, tel qu’il se manifeste dans les rêves : il ne dira jamais plus que celui-ci dit, dans le champ personnalisé qui aura été ouvert par le questionnement des images du rêve. Le symbole pour lui est toujours plus important que ce qu’il peut savoir par avance et anticiper du fait de la théorie. Et son seul désir est de communiquer son amour du « trois » au rêveur. Le symbole, le Soi lui seul connaît le chemin véritable de thérapie et, de rêve en rêve, il le fait connaître aux deux qui se réunissent pour l’aimer.

Le bain psychique commun.

Mais alors, il se produit un amour en retour : le trois aime les deux. Le verbe est nettement  au singulier dans le rêve de la seconde femme, pour nous montrer que le Soi lui seul est un, constituant l’Autre commun aux deux, les traversant tous les deux, alors que ceux-ci restent séparés entre eux, puisqu’ils aiment au pluriel, ils sont un pluriel. Mais ils sont pourtant réunis dans le fait qu’ils sont aimés ensemble par le Soi. Les amoureux des rêves connaissent effectivement cette grâce de l’amour du Soi qui descend en même temps sur les deux partenaires au cours d’une séance d’analyse, et qui se renforce au cours du chemin parcouru.

La réunion de travail de l’analyste et du rêveur autour de son rêve, pour le contempler et l’interpréter ensemble suscite en effet de la cohérence harmonisatrice dans la vie psychique des deux. Les deux bénéficient pour ainsi dire de l’influx commun du Soi qui les traverse au cours de ce travail. Au moment où les deux sont vraiment ensemble de l’intérieur autour du rêve (le questionnement préliminaire du rêveur, par l’analyste, au sujet des images symboliques de son rêve, favorise l’arrivée de cet état), à ce moment alors, arrive souvent l’expérience d’un état de grâce où  tout se correspond : la contemplation en commun des symboles facilite un ancrage commun dans la profondeur qui nourrit les deux. Jaillissent alors spontanément de l’inconscient de l’analyste des mots inspirés qui font passer au rêveur une interprétation qui le touche profondément et l’aident à s’ouvrir au travail du Soi en lui. Bien sûr, cet état de grâce n’est sans doute pas présent à toutes les séances d’une analyse, mais ce qui le rend possible et ce qui fait qu’il peut se répéter, c’est le fait que les deux partenaires de l’analyse sont en quelque sorte naturellement impliqués dans un « inconscient collectif » de la relation thérapeutique :  au cœur de celui-ci, le Soi s’emploie à faire travailler et s’alchimiser ensemble les univers symboliques de l’un et de l’autre, pour que plus de cohérence en ressorte au bénéfice des deux. On expérimente ainsi des moments de synchronicité étonnante dans une séance d’analyse, comme par exemple le fait que le client amène spontanément un rêve vieux de plusieurs semaines portant sur un thème symbolique que son analyste vient précisément d’étudier la veille en séminaire. L’expérience nous montre en fait que le rêve du client présente toujours une dimension synchronistique : il est en quelque sorte la manifestation de la conjonction des univers symboliques des deux partenaires. Ainsi, ceux qui font l’expérience de devoir changer brutalement d’analyste de rêves s’aperçoivent toujours que la teneur de leurs rêves change subitement, en passant de l’un à l’autre analyste. Dans ce bain psychique commun au travers duquel le Soi « aime » les deux, il arrive même parfois que ceux-ci rêvent l’un pour l’autre. Il arrive en effet  que l’analyste   reçoive des rêves qui sont une indication importante pour l’évolution de l’analyse et de la  vie de son client (sans qu’il soit cependant forcément nécessaire de le lui révéler toujours, dans le souci de ne pas renforcer son transfert personnel). Je me rappelle d’un rêve lapidaire que j’ai reçu la nuit précédant une séance d’analyse avec un homme que j’accompagnais depuis plus d’un an. Cet homme vivait une période difficile car sa compagne était hospitalisée en traitement d’une grave maladie qui risquait de la faire mourir. Vivant dans une dépendance fusionnelle vis-à-vis d’elle, il était entré dans une forte dépression et se laissait lui aussi littéralement mourir.  Dans mon rêve, je me voyais en séance avec lui et lui disait :

« j’ai reçu un rêve pour toi qui m’annonce que ta femme va vivre ». Je venais vers lui et le regardais intensément dans les yeux en le secouant avec force par les épaules et lui disait : « tu entends ! Ta femme va vivre, alors prends courage et accepte de vivre ! »

Il était clair pour moi que je devais raconter ce rêve à mon client, et me faire ainsi le messager prophétique du Soi pour lui. Il avait besoin du caractère numineux de cette exhortation solennelle qui ne venait pas de moi mais du Soi par mon rêve. Des paroles de simple bon sens rationnel ne l’auraient pas touché, car il avait intériorisé que tout était perdu pour lui. Le message prophétique que je lui ai transmis lui a redonné espoir et vitalité et il s’est vérifié : le traitement très lourd que subissait sa femme a réussi et elle a guéri.

Il arrive même également que le rêveur reçoive un rêve qui, en même temps qu’il parle pour lui personnellement, parle aussi très concrètement pour la vie même de son analyste. J’ ai à ce sujet une anecdote saisissante : après avoir débattu intérieurement avec moi-même presque toute une nuit de recherche théologique, sans avoir pu choisir entre la conception du christ, du messie, développée par le Christianisme classique, ou celle présentée par la Kabbale judéo-espagnole du XIII° siècle, voilà que mon premier client du lendemain matin amène un rêve passionnant, ayant un sens très important pour lui personnellement, mais également pour  moi, alors qu’il ne connaissait rien, bien sûr, de mes recherches, un rêve qu’il avait, de plus reçu plusieurs semaines avant la nuit précédente : dans ce rêve, en effet, parmi d’autres thèmes, il était en effet question de moi comme ayant écrit un livre sur « la conception du Christ au XIII° siècle », référence qui dans le champ culturel conscient du rêveur, ne lui signifiait rien! Le rêve de mon client m’a beaucoup aidé parmi d’autre expériences spirituelles à choisir mon chemin « théologique ». Comme le travail sur son rêve l’a également beaucoup aidé, on peut littéralement affirmer que nous avons été tous les deux, dans cette expérience, bénis et aimés ensemble par le Soi.

Sur le long terme d’une analyse de rêves, les deux partenaires retirent toujours l’expérience d’avoir été traversés et réunis par un influx commun, comme plongés ensemble dans un bain de grâce unique qui les a réconfortés, et  édifiés, même lorsque des thèmes de grande souffrance auront été travaillés : le trois aime deux !

La compassion essentielle

Cependant, pour qu’une telle expérience positive puisse être vécue, il est nécessaire au préalable que les deux aiment trois comme le suggère le rêve de la femme. Et pour cela, il est indispensable en tout premier préalable que l’analyste « aime » le Soi et le recherche inlassablement au travers de ses rêves et de toute sa vie symbolique. Sa vocation qui constitue son métier est précisément de communiquer toujours plus son amour pour le Soi à ses clients au cours de l’analyse, le Soi qui est son ami intérieur comme le premier rêve que j’ai raconté l’enseigne. Mais ceci implique qu’il ait lui-même fait déjà tout un chemin d’analyse, sans cesse réactualisé pour ancrer durablement son moi dans la relation au Soi et qu’il ait été correctement formé à l’univers symbolique de la psyché humaine pour accueillir vraiment toutes les problématiques de l’expérience humaine.

L’accueil est en effet très essentiel dans le champ de l’analyse des rêves. Pour que les deux puissent constituer un ensemble tourné vers le Soi, capable de recevoir son amour, il est essentiel que l’analyste puisse générer un climat d’amitié dans la séance, reposant sur la fraternité du Soi : il est juste que le rêveur se sente totalement accueilli dans sa personne au cours de la séance, y compris même dans la question financière qui doit être entendue si le rêveur n’a réellement pas les moyens de payer le prix compris de ses séances. Ce prix devrait pouvoir être modulé sur la base de cette fraternité du Soi. Il est naturel selon cet esprit que le rêveur soit approché avec tact et respect, reçu sans jugement, mais au contraire, avec compassion, dans ses pleurs et ses souffrances qui, parfois , peuvent faire surgir des larmes dans les yeux de l’analyste sans que celui-ci en ait honte. Au cours de cette relation, il est certes parfois nécessaire que le rêveur soit interpellé vigoureusement dans son cheminement, mais cela sera toujours par ses rêves, et jamais personnellement par l’analyste, qui s’en fait l’interprète, toujours compatissant Et là encore, il est nécessaire que celui-ci dans son analyse ait pu s’ouvrir à l’éros du Soi  pour se situer dans cette ouverture du cœur de manière naturelle et non de manière superficielle, « morale ».

Cette dialectique entre les deux membres de la formule du rêve est subtile. Les deux (le rêveur et l’analyste) sont séparés l’un pour l’autre et doivent le rester, ne pas s’inféoder l’un à l’autre en tant que personnes, et se préparer dès le commencement à arrêter un jour leur relation de travail. Et en même temps, ils forment une unité du point de vue du Soi. Celui-ci ne peut travailler en eux, accomplir à travers eux son œuvre de différenciation que s’ils se réunissent dans un amour commun pour lui, au cours du travail. Et pour cela, il est nécessaire qu’il existe un minimum de sympathie et d’amitié entre les deux (qui respecte cependant leur séparation en tant que personnes). L’analyste et son client travaillent dans la même humanité.

Published inAutour de la psychanalyse de Jung

Be First to Comment

Laisser un commentaire